28.05.2009

Hommage à Jean Carbonel

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La charpente solide et la peau burinée des marins, Jean Carbonel emblématique « figure de proue » du village s'est éteint, le mercredi 27 mai au petit matin, à l'âge de 82 ans.  Ses obsèques se dérouleront le vendredi 29 mai,  à 11 heures à l'église de Gruissan.

Il n'est pas facile de rendre hommage à ce « grand homme » apprécié de tous tant sa biographie est dense et riche d'activités.

Pêcheur, premier prud'homme, prud'homme honoraire, musicien dans l'orchestre folklorique et accordéoniste du Réveil Gruissanais, viticulteur, conteur, écrivain, homme de média, guide éclairé et passionné de la chapelle Notre-Dame des Auzils, président fondateur du conservatoire du site de Notre-Dame des Auzils. Jean Carbonel est né à Gruissan le 22 mai 1927. Fils, petits-fils et arrière petit-fils sur 3 générations de capitaines aux longs cours, il est devenu marin à son tour et a voué sa vie aux naufragés.

La mer, Jean la connaissait mieux que personne, elle était toute son existence. Patron de trois bateaux de pêche, il en a exploré les moindres vagues durant près de 40 années à secourir bénévolement ceux qui se sont retrouvés aux prises avec elle. En 1965, un an après l'ouverture de la première station officielle de sauvetage en mer, Jeannot comme tout le monde le surnomme ici, devint « le premier  patron »  à bord, de la première navette de sauvetage offerte par les « Hospitaliers sauveteurs bretons ». Pour lui, le nom coule de source : la vedette s'appellera et s'appelle toujours et à jamais : « Notre Dame des Auzils ».  Puis, jusqu'en 1998, il sera le « maître à bord » de la vedette de première classe. Quatre décennies de risques et 267 vies humaines sauvées par l'équipage de la Société Nationale de Sauvetage en mer de Gruissan. 

Jeannot  a connu tous les honneurs : médaille de la ville, officier du Mérite maritime, il est décoré commandeur du Mérite maritime par le petit-fils d'Antoine de Saint-Exupéry, médaillé de l'association internationale des Cap Horniers, chevalier de la Légion d'Honneur. Toutes ces médailles, Jean les a gagnées par son courage et son dévouement.

L'homme a si longtemps navigué au courage et à l'émotion, qu'il a fait vivre avec ferveur le très touchant cimetière marin laissant reposer doucement dans le crissement des cigales, des cénotaphes où la peine et la mémoire viennent s'incliner près de la chapelle de Notre-Dame des Auzils, si chère à son cœur. Un lieu  de ferveur sous les cyprès que Jeannot n'a jamais déserté en mémoire de ce naufrage où il crut tutoyer ses dernières minutes en invoquant le ciel : « Bonne mère, il faudrait que tu fasses quelque chose pour moi car l'eau monte ». Et puis tout à coup, il entendit la voix de Saint-Pierre qui disait. « On le remonte parce qu'avec la tchatche qu'il a, il nous foutrait le bordel au paradis ! »

Humaniste, amoureux de la vie, dévoué aux autres, ce fervent défenseur de Gruissan se définissait  comme « un homme de variété » avec un accent, une verve pagnolesque et des talents de comédien inspirés d'un Raimu. Sa voix à la fois chaude  et puissante résonne encore dans nos cœurs.

Avec sa disparition, c'est une page de l'histoire de la commune qui se tourne. Il laissera un bien grand vide dans le cœur  de sa famille, de ses nombreux amis et de tout un village.